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L’art brut et l’art naïf :
Les rebelles de l’histoire de l’art

HISTOIRE DE L'ART 

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                            Henri Rousseau – Le Rêve

Cette semaine, nous avions envie de revenir sur deux genres artistiques qui ont marqué le XXème siècle : l'art brut et l’art naïf.  Ces deux genres sont indissociables, tant par leurs définitions que par leurs codes. Cependant, leurs caractéristiques et leurs styles se distinguent par plusieurs aspects. 

1 – L’art Brut 
• • • La naissance de l’art brut avec Jean Dubuffet 

L’art brut est né d’un désir de valoriser le geste, plutôt que sa capacité à intellectualiser ses œuvres. Il valorise la spontanéité, la liberté du geste, mais aussi la qualité d’inventer son monde pour l’artiste.

Jean Dubuffet, inventeur du courant en 1945 et son artiste phare, le définit, comme étant : « Des productions de toute espèce – dessins, peintures, broderies, figures modelées ou sculptées – présentant un caractère spontané et fortement inventif, et ayant pour auteurs des personnes étrangers aux milieux artistiques professionnels ». 

• • • Représentation de l’art brut 

L’art brut est un art créé entièrement par un artiste souvent coupé du monde social, produisant ainsi en toute autonomie son œuvre, sans avoir suivi de formation artistique. Les artistes créent sans se préoccuper, ni de la critique du public, ni du regard d’autrui. Leur travail naît de l’envie d’exprimer une pulsion, plus que de l’exposer. À l’origine de l’art brut, les œuvres ne sont pas destinées à être vues.

Considéré longtemps comme « L’art des fous », les travaux bruts sont souvent créés à partir de matériaux inédits tels que le stylo à bille, le plâtre ou encore de la mine de plomb, pour concevoir un univers propre à la personne qui le crée. Les artistes « bruts » ont une façon de peindre et de créer qui ne tient compte d’aucun code académique.

« L’art brut est l’art de l’homme du commun. C’est-à-dire l’homme de la communauté, en opposition à l’homme érudit, l’élite. Dubuffet soumet à la critique les valeurs esthétiques du beau, les valeurs sociales de la norme, les valeurs éthiques de la normalité, les valeurs anthropologiques de la culture. »

Entretien avec Martine Lusardy, spécialisée dans l’étude de l’art brut – Académie des Beaux-Arts

• • • Deux artistes clés du mouvement : Dubuffet et Aloïse Corbaz
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Jean Dubuffet né le 31 juillet 1901 au Havre est le peintre fondateur de l’art brut et a dédié sa vie à son art et à celui des autres artistes du genre.
Dans son envie profonde de se libérer d’une culture imposée et d’une société dominante, l’artiste bouleverse les codes de l’art. Il ne fait pas l’unanimité à l’époque, cependant, ces toiles suscitent un grand intérêt, ce qui fait de lui à la fois « l’artiste français le plus contesté et le plus admiré de l’après-guerre ». 

Jean Dubuffet – Autoportrait

Le peintre étant aussi collectionneur d’art brut, il fait don de sa collection en 1971 à la ville de Lausanne (environ 5 000 œuvres de 133 créateurs). Celle-ci devient la Collection de l'art brut et ouvre au public en 1976.

« Dubuffet choisissait l’art brut pour provoquer, bousculer voire déranger, mais aussi pour réfléchir. Il a questionné la notion d’œuvre d’art : faut-il nécessairement qu’elle soit faite par un artiste qui a suivi une formation ou qui vient d’un milieu académique et artistique ? La réponse est non. Ce n’est pas l’école qui nous apprend à être un artiste. C’est une sorte de génie. C’est réjouissant de voir que les gens s’intéressent autant à l’art brut maintenant. Dubuffet avait une revendication politique : l’art brut aurait renversé l’art culturel. On n’en est pas arrivé là, c’est plutôt le système qui a intégré l’art brut dans son champ. »

Sarah Lombardi, directrice de la Collection de l’art brut de Lausanne


Au même titre que Dubuffet, Aloïse Corbaz, est une figure emblématique du mouvement.
C'est lorsqu'elle se fait interner que l’artiste se met à écrire, puis à dessiner. Elle commence sur des petits formats et des papiers récupérés. Elle se sert de ce qu’elle trouve, de la mine de plomb, de l’encre ou encore de la pâte à dentifrice, pour créer.

Elle peint notamment des personnages historiques ou de fiction, la plupart avec des yeux bleus, très caractéristiques de ses œuvres. Celles-ci font apparaitre des symboles et des messages

À partir de la fin des années 1920, ses œuvres seront conservées par des soignants. Jusqu’à sa mort en 1964, Aloïse ne cessera de dessiner, créant un univers aux lois et aux codes singuliers.

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Aloïse Corbaz – Napoléon III à Cherbourg

• • • Œuvres d’art brut chez The Art Cycle

The Art Cycle abrite deux artistes qui s’inspirent de l’art brut : Pierre Soufflet et Franck Lobbe. Comme les artistes précurseurs du mouvement, ils ne viennent pas du milieu artistique et sont donc autodidactes.

Dans leur pratique artistique, ils partagent la volonté de rechercher de nouveaux médiums et matière de création. Par ailleurs, chacun a sa particularité, Pierre concentre l’essentiel de sa démarche sur la libération de contraintes techniques, tandis que Franck exprime sa créativité à travers les couleurs.

« J’aime l’art brut, c’est ce qui me parle en temps qu’autodidacte. C’est un univers coloré et audacieux qui permet de toucher les gens rapidement. » Pierre Soufflet

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« Je suis daltonien ! Je confonds toutes les couleurs foncées mais je distingue plus de nuances dans les pastels. Je crois que dans la vie il ne faut pas se prendre au sérieux mais faire les choses sérieusement et avec le cœur... » Franck Lobbe

    Pierre Soufflet – The prickly woman                                           Franck Lobbe – La demi-reine Beatrice

2 – L’art naïf
• • • le commencement
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                Cheval de la grotte de Lascaux, daté de plus de 17 000 ans

Certains évoquent la naissance de l’art naïf dans les temps les plus anciens, depuis que l’homme peint et dessine des représentations réalistes de la vie courante. Pour d’autres, c’est Arthur Rimbaud dans un de ses poèmes en 1870, qui est le premier à le définir comme des représentations picturales « maladroites ».

Souvent incompris à ces débuts, lorsqu' Henri Rousseau est révélé au grand public et démocratise l’art naïf, il devient au début du XXe siècle très populaire et s’étend encore de nos jours hors des frontières occidentales. Le mouvement est vu comme une vision neuve de la peinture, sortant complètement de l’académisme.

De la même manière que l’art brut, l’art naïf est la plupart du temps pratiqué par des personnes non initiées à la culture artistique et qui ne respectent pas les règles académiques. Contrairement aux artistes de l’art brut, ils s’inspirent de mouvements existants, par exemple du mouvement surréaliste.

Le terme « naïf » n’est pas employé par hasard, il signifie que la manière d’aborder le travail de l’artiste est enfantine.

« Il faut comprendre l'appellation « Naïf » dans l'art, comme la définition d'un manque d'expérience dans une technique de la peinture, du dessin, de la sculpture. Le Vrai Naïf étant nécessairement un autodidacte, n'ayant jamais appris avec des maîtres ou dans des écoles. »

Franck Moinneau – Site Tout pour les femmes

• • • Représentation de l’art naïf

L’art naïf se caractérise par une représentation figurative de sujets populaires : paysages campagnards, costumes folkloriques, animaux domestiques ou sauvages.

Du point de vue de la technique, cet art se caractérise par le non-respect — volontaire ou non — des règles de perspective telles que définies depuis la Renaissance.

Le genre naïf se traduit également par d’autres codes que la perspective erronée, tels que l’emploi de couleurs vives, souvent en aplat sur tous les plans de la composition, mais aussi une minutie apportée aux détails.

• • • Deux artistes clés de l’art naïf
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Henri Rousseau aussi appelé « Le Douanier Rousseau », nait le 21 mai 1844 à Laval et est considéré comme le représentant majeur de l'art naïf.
Apprenant lui-même à peindre, il produit un grand nombre de toiles. Elles sortent souvent de son imagination et représentent des paysages de jungle, lui qui n'a pourtant jamais quitté la France. Son inspiration lui vient surtout de livres illustrés, de jardins botaniques comme le Jardin des plantes à Paris, et de ses rencontres

Souvent moqué pour ses portraits de face de personnages figés, son manque de perspective, ses couleurs vives et sa maladresse, il devient pourtant le précurseur du genre et Paul Éluard lui-même disait de lui : « Ce qu’il voyait n’était qu’amour et nous fera toujours des yeux émerveillés. »

Henri Rousseau - Moi-même, portrait-paysage

Hector Hyppolite est aussi une figure emblématique de l’art naïf. Peintre haïtien, il peint plus de 200 tableaux en 3 ans avant sa mort, de l’été 1945 à juin 1948. Restant toujours dans les codes de l’art naïf, tout en couleurs et en spontanéité, les peintres naïfs haïtiens ont cependant leur singularité. Ils croient en une forme de paradis où les hommes vivent en parfaite harmonie avec une nature luxuriante,  ce qui leur doit leur surnom de « artistes enchanteurs aux toiles colorées et enfantines ». 

Hector Hyppolite - Une déês réprésonté Mét Gron bras / Jocelyn Agenor - Le paradis perdu 

• • • Œuvres d’art naïf chez The Art Cycle 

Sur The Art Cycle, c’est Odile Raoul qui représente pour nous le mieux l’art naïf. Peintre figurative qui créait à partir de ses mémoires visuelles, notamment de ses voyages qu’elle retranscrit par la suite sur la toile. À la manière des artistes naïfs, Odile peint des paysages et des personnages qui la font rêver, tout en simplicité et en couleurs. 

• • • Ce qu’il faut retenir 

Malgré des similitudes évidentes entre ces deux styles que sont l’art naïf et l’art brut, il ne faut pas les confondre. Ils se rejoignent sur le fait de ne pas faire partie d’un mouvement académique et sont pratiqués par des artistes souvent en dehors des règles conventionnelles.

Dans l’art brut, l’artiste peint ce que bon lui semble, sans règles ni principes, sur n’importe quel support avec n’importe quel médium. Il crée par pulsions, parfois dans l’illumination. Et contrairement aux artistes naïfs, les artistes bruts ne s’inspirent pas de mouvements existants, mais ne s’appuient que sur leur propre envie.

Dans l’art naïf les artistes n’emploient pas les règles de perspective classiques, ils ont leurs propres codes pour la taille des personnages, ou encore l’emploi des couleurs qui sont franches et pures en aplat.

Aujourd’hui, l’Art brut comme l’Art naïf ne sont plus considérés comme des mouvements d’arts mineurs. Leur pratique s’étend à travers les continents et ne cesse de fasciner.


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