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L’art numérique : une vision du futur

histoire de l'art

Flavia Manyari - 06 janvier 2022

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Installation "Mori Building Digital Art Museum: Team Lab Borderless"

Pour bien commencer cette année, l’équipe TAC a décidé de consacrer son premier article de 2022 à l’un des mouvements artistiques qui a fait le plus parler de lui depuis bientôt plusieurs décennies : l’art numérique.

Née aux États-Unis dans les années 50, cette discipline créative utilise des éléments digitaux à la fois dans son processus de création et d’exhibition. Aujourd’hui, ce mouvement caractérise plusieurs formes d’art contemporain : les modèles 3D, le pixel art, l’art vidéo, la sculpture digitale ou encore la dernière tendance phénoménale que sont les NFT.

• • • Qu’est-ce que l’art numérique ?

Si aujourd’hui l’art numérique fait beaucoup parler de lui, c’est notamment car pour beaucoup il représente le seul mouvement artistique, avec le Street Art, ayant réellement innové le monde de l’art après le milieu du 20ème siècle. De plus en plus populaire, il est le reflet d’une numérisation importante et rapide de la société. Il devient même un facteur primordial pour l’avancée de certaines techniques artistiques où les dispositifs numériques sont indispensables tels que le cinéma et la photographie.

• • • Son origine : une rencontre entre l’art et la science
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« Oscillations #4 » de Laposky                                 

Il faut rappeler que l’avènement de l’art digital n’a pas été sans encombre. En effet, l’art numérique a été pendant très longtemps critiqué, et parfois même rejeté par les artistes les plus puristes. Certains le voyaient comme une simple nouvelle technique plutôt qu’une manifestation artistique.

L’artiste qu’on considère comme pionnier de l’art numérique est Benjamin Francis Laposky, un mathématicien américain qui réalise en 1950 les premières images graphiques générées par ordinateur. Pendant plusieurs années, ses œuvres abstraites et très « design » représentent les créations les plus avancées de ce qu’on connaît aujourd’hui comme l’art digital.

Sa série intitulée « Oscillations » est le résultat d’une rencontre entre sciences des mathématiques et art. Dans « Oscillation #4 », l’artiste aurait lancé des poutres à travers la face frontale fluorescente d’un oscillographe cathode, instrument qui mesure et trace les variations du courant électrique. 

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Exposition « Cybernetic Serendipity », Londres, 1968

La première exposition consacrée à l’art numérique se déroule 15 ans après l’invention de Laposky et s’intitule « Cybernetic Serendipity ». Organisée par Jasia Reichardt, l’exposition s’est tenue à l’Institut des Arts Contemporains de Londres d’août à octobre 1968. C’était la première fois qu’on essayait de montrer tous les aspects de l’art numérique, activité au départ assistée par ordinateur.

Robots, musiques, poésies, sculptures et mêmes des œuvres se basant sur le hasard étaient tous au rendez-vous. L’idée principale de l’exposition était de trouver le rôle de la cybernétique (« sciences des communications et de la régulation dans l’être vivant et la machine ») dans les techniques artistiques contemporaines.

• • • L’art vidéo : un nouveau médium performatif
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« Restful and Kitch » de Nam June Paik @ Guy Bell

Une autre forme d’art qu’on peut appeler numérique fait son apparition durant les années 60 : l’art vidéo. Se basant principalement sur la manipulation d’images et de sons générés par des dispositifs électroniques, cette nouvelle technique prend rapidement de l’importance dans les milieux de l’information et de la communication.

Le pionnier de l’art vidéo est l’artiste coréen Nam June Paik, notamment avec sa série d’œuvres réalisées à l’aide du premier enregistreur vidéo de l’entreprise Sony. C’est par ailleurs ce même outil qui à l’époque est utilisé par de nombreux activistes politiques dans le but d’aller à l’encontre de l’information télévisée.

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« Exposition of music – Electronic Television » de Nam June Paik 

Après avoir rejoint le mouvement Fluxus, l’artiste coréen réalise en 1963 l’une des expositions les plus mémorables de sa carrière : « Exposition of music – Electronic Television ». Se déroulant dans une galerie en Allemagne, cet événement révolutionne radicalement le contenu télévisuel. 

« Global Groove » de Nam June Paik @ AgentinTeigtasche

L’une des œuvres majeures de Nam June Paik est « Global Groove ». Avec cette vidéo réalisée en 1973, l’artiste anticipait le zapping du futur. Il nous disait : « Ceci est un aperçu d’une vidéo de demain quand vous pourrez synchroniser n’importe quelle chaîne de télévision de la planète et que les guides de télévision seront aussi vastes que la liste téléphonique de Manhattan. »

Si les performances de Nam June Paik ont été très vite mondialement reconnues, d’autres artistes et plasticiens avaient au même moment déjà effectués des installations détournant l’usage habituel de la télévision.

Des artistes tels que Georges Brecht avec son mur vidéo ou encore l’allemand Wolff Vostel avec sa vidéo expérimentale « Sun in your head » ont donc grandement participé à la popularisation de cette forme artistique.

• • • Un art propre aux avancées technologiques 

Il est correct de dire que la vidéo n’est que le début du numérique dans l’art.

  Aujourd’hui, grâce au progrès technologique, on associe bien plus de formes d’art au mouvement. En partant du modèle 3D à l’art vectoriel, les techniques sont aussi diverses que variées.  

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La photographie est considérée comme une des premières innovations de l’art digital. Les montages, dont la manipulation des couleurs, qui se réalisent numériquement sont des exemples d’art digital.



@ Platon Yurich



Imitant des styles et des techniques traditionnels, les peintures digitales constituent une autre forme d’art numérique. Elles peuvent être exhibées à travers des moyens digitaux, comme le web, mais également imprimées sur papier ou toile. Cette technique a permis aussi la naissance des images 2D et 3D.

« Kingdom of Sand and Water » de l’artiste Rhads

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Le plus souvent pratiqué par les graphistes et designers, l’art vectoriel se caractérise par l’association linéaire de différents points dans l’espace virtuel. Il permet aux artistes de modifier leur création sans que la qualité soit affectée.



@ Junior



L’art interactif se définit comme un courant artistique où la création d’une relation entre l’œuvre et le public est indispensable. La présence du spectateur est donc nécessaire pour l’aboutissement de l’œuvre. Un exemple concret de cette discipline sont les parcours immersifs proposés par les Ateliers des Lumières. 

Installation « Quantum Space » de l’artiste Igor Tatarnikov

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Très populaire au sein de l’art numérique, l’animation se distingue par la création d’images en mouvement par le biais de différentes techniques. L’un des pionniers de l’animation définit ce courant comme « l’art de se servir des interstices invisibles entre les images » (Norman McLaren). 

Voyage de Chihiro @ Visual 



Le Net Art réunit toutes les créations artistiques générées sur internet. On considère une œuvre Net Art si et seulement si elle est destinée à être distribuée sur le web. L’usage de l’hypertexte (« fonction permettant d'établir des liaisons directes entre éléments de documents différents ») est très courant chez les artistes. 

« Des frags » de l’artiste Reynald Drouhin

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Finalement, ces disciplines réunissent toutes le même besoin pour leur réalisation : des outils technologiques performants. En effet, l’art numérique repose sur une manipulation presque obligatoire des programmes informatiques et d’une grande variété de caméras digitales.

  Le savoir-faire de logiciels graphiques est donc indispensable. Les programmes et logiciels de montage (Photoshop, Illustrator, Procreate, Blender, etc) sont au cœur de la réalisation des images numériques.  

Afin de créer une œuvre digitale, il faut donc tout d’abord s’approprier ces outils technologiques et numériques. 

• • • Les NFT : la dernière tendance du marché de l’art digital 
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« Everydays – The First 5000 Days » de Beeple

Mis en place en 2017, les NFT - Non Fungible Token - représentent les toutes dernières nouveautés du monde digital. Les premiers NFT sont les Crypto Banks, suivis de peu par les Crypto Kitties, qui collectent près de 12 millions de dollars après être devenu « viral ».

Le terme « NFT » signifie qu’il s’agit d’un objet unique, qui ne peut ni être modifié, ni échangé par un autre objet d’une même valeur. Ces objets, ou « actifs », n’ont généralement aucune relation avec le monde physique.  

Par conséquent, l’acquisition d’une œuvre d’art NFT s’apparente à celle réalisée pour des peintures ou des sculptures. En effet, malgré qu’elles puissent être copiées du fait de leur origine digitale, celui ou celle qui possède le NFT détient l’original.

Cette certification d’authenticité est permise par la tokenisation (« procédé permettant de remplacer une donnée critique par un élément équivalent qui n’aura aucune valeur intrinsèque ou signification exploitable une fois sortie du système ») d’un contenu digital.

Si les NFT ont gagné en popularité pendant le cours de l’année 2021, c’est notamment grâce à la maison d’enchères tenue par la galerie Christie’s en mars dernier. Présentée durant les enchères, l’œuvre digitale Everydays – The First 5000 Days de l’artiste américain Beeple a rapporté plus de 69 millions de dollars. Avec cette vente, Beeple est aujourd’hui considéré comme l’un des artistes les plus chers du monde.

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L’autre découverte de l’année sont les Crypto Punks, un projet de Larva Labs qui consiste en 10 000 punks et avatars 2D tokenisés dans la plateforme globale et open source en Ethereum. Si au départ, ces petits avatars étaient accessibles à tous ceux qui étaient sur Ethereum, ils peuvent aujourd'hui être vendus jusqu’à 20 millions de dollars.

Objets de polémique depuis leur création, les NFT continuent de s’agrandir dans différents secteurs du monde digital.

Toutefois, il faut savoir que la création et consommation des NFT n’est pas sans risques. Les spéculations qu’ils génèrent aujourd’hui peuvent très vite finir par les défavoriser et diminuer leur valeur actuelle.

• • • Le mot de la fin…

Finalement, on peut dire que l’art digital n’a pas seulement innové le monde de l’art mais a également permis une meilleure accessibilité de l’art à l’échelle mondiale.

Basé sur les avancées technologiques, il est très probable que ce courant continue de connaître des changements au cours des prochaines décennies.

Certains de nos artistes proposent ce type d'oeuvres, vous pouvez les retrouver directement sur notre site.

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