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Peggy Guggenheim, 
la collectionneuse frénétique

À LA RENCONTRE DE ...

Oriane Auzerie Dubon - 25 Mars 2021

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    Peggy Guggenheim, 1952. Album de Peggy Guggenheim, collection privée, image © Eugene Kolb

Donald Kuspit, poète et critique d’art américain, disait de Peggy Guggenheim : 

« L’art a donné un sens à sa vie. L’avant-garde confirmait son propre côté marginal. L’art lui a permis de se découvrir émotionnellement ».

Cette semaine, dans notre nouvel article, on vous emmène à la découverte de cette collectionneuse d’art frénétique, autodidacte, rebelle et surtout femme libre et indépendante.

• • • PEGGY GUGGENHEIM, FEMME LIBRE ET INDÉPENDANTE

Marguerite, dite « Peggy », Guggenheim est né en 1898 dans une riche famille juive new-yorkaise.

Considérée comme le « mouton noir » de sa famille, elle n’a aucun souci des conventions établies et balaye le mode de vie bourgeois bien rangé. Elle préfère les mondanités, l’excentricité et la pluralité des partenaires. Elle est indépendante et rebelle.

En 1912, son père meurt dans le naufrage du Titanic après avoir dilapidé la fortune familiale.

C’est quelques années plus tard, en 1919, alors qu’elle a 21 ans, que Peggy reçoit un important héritage de la part de son oncle et de son grand-père. Elle entreprend alors un grand voyage aux États-Unis avant de revenir travailler quelques temps dans une librairie new-yorkaise. C’est à ce moment-là qu’elle rencontre des intellectuels férus d’art moderne et passionnés par l’Europe.

Deux années après, à 23 ans, elle arrive à Paris et rencontre Laurence Vail, qui sera son premier mari et sa première aventure amoureuse.

Laurence Vail est un artiste bohème du Montparnasse, habitué de la Rotonde pendant les années folles. Il est même surnommé le « Roi de la Bohème ». Peggy aura deux enfants avec lui.


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Peggy Guggenheim et une oeuvre d'Alexander Calder

• • • Marcel Duchamp, une rencontre décisive et la découverte des arts

Rapidement, Peggy va s’entourer des artistes les plus talentueux de son époque. Mais c’est surtout sa rencontre avec Marcel Duchamp en 1921 qui va bouleverser sa vie.

Elle le décrit elle-même comme son « grand professeur » et raconte qu’il lui a appris tout ce qu’elle devait savoir sur l’art moderne et notamment « la différence entre le surréalisme et l’abstraction ».

Jean Cocteau est également une figure importante dans l’apprentissage de Peggy.

Grâce à eux, elle fera la rencontre de Jean Arp, à qui elle achètera la toute première œuvre de sa collection – qui sera une des plus grandes collections d’art moderne du XXème siècle.

• • • De l’apprentissage à la révélation de l’art moderne 

En 1928, elle part vivre à Londres avec son amant, l’écrivain John Holms. Celui-ci décède en 1934 et en 1938 elle ouvre sa première galerie « Guggenheim Jeune » avec pour conseillers Cocteau et Duchamp.

Pour sa première exposition, c’est l’artiste sculpteur Brancusi, qu’elle choisit de révéler au public.  

Sa galerie Guggenheim Jeune devient rapidement reconnue dans le monde de l’art et elle y exposera des artistes de grande renommée tels que Jean Cocteau, Vassily Kandinsky, Alexander Calder ou encore Yves Tanguy.

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                                                                                 Peggy Guggenheim devant la toile "La Plage" de Picasso au musée Peggy Guggenheim, à Venise, en Italie. Crédits : Tony Vaccaro

• • • Une collectionneuse « ivre d’art moderne »

Peggy Guggenheim va devenir une véritable « art addict » selon ses propres termes. Elle acquiert frénétiquement beaucoup d’œuvres, dont de nombreuses qu’elle expose elle-même dans sa galerie.

Elle développe un penchant particulier pour l’expressionnisme abstrait de Kandinsky, et regrettera par la suite de ne pas avoir acheté tous ses tableaux.

En 1939, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Peggy, qui a désormais un œil exercé à dénicher des chefs-d’œuvre va acheter compulsivement. Elle court les ateliers d’artistes, et certains, qui savaient qu’elle avait les moyens d’acheter ce qui lui tapait dans l’œil, venaient directement lui proposer leurs œuvres. C’est ainsi qu’elle agrandit sa collection d’œuvres de Giacometti, Brancusi, Dali, Max Ernst, Léger…

Ce moment est pour elle un véritable tournant. C’est vraiment à ce moment où éclate la Drôle de Guerre que Peggy se lance dans la confection de sa collection. Elle va même jusqu’à acheter « une œuvre par jour ».  

Au moment où elle apprend qu’Hitler vient d’envahir la Norvège, elle décide alors de trouver un lieu pour mettre ses œuvres à l’abri. Elle propose alors au Musée du Louvre de conserver sa collection, mais celui-ci refuse, jugeant que ses œuvres ne méritent pas d’être protégées et sauvegardées.  

• • • Le retour aux États-Unis au moment de la Seconde Guerre mondiale 

C’est finalement en 1941 qu’elle rentre aux États-Unis, avec sa collection et plusieurs artistes menacés par le régime nazi, dont Max Ernst, qu’elle épousera l’année suivante.

- En effet, le surréalisme est considéré par le régime nazi comme « un art dégénéré » : les artistes surréalistes engagés sont presque pourchassés et leurs œuvres sont brulées. Un refuge d’artistes s’organise à Marseille, à l’initiative de Varian Fry, journaliste américain et Résistant au régime de Vichy. Une véritable politique de sauvetage d’artistes est mis en place et Peggy financera nombre de ces départs vers les États-Unis -

En 1942, elle ouvre sa première galerie à New York « Art of the Century » et va choisir Paul Klee pour sa première exposition. Elle exposera ensuite et notamment Joseph Cornell, Marcel Duchamp ou encore Piet Mondrian.

• • • Peggy Guggenheim, mécène de la jeune génération abstraite américaine 
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Peggy Guggenheim et Jackson Pollock devant Mural (1943) de Pollock, image © George Karger

En effet, outre les peintres européens en exil, Peggy Guggenheim exposera, dans sa galerie new-yorkaise, une jeune génération de peintres de l’abstrait américains.

Encouragée notamment par Piet Mondrian, elle découvrit Jackson Pollock qu’elle fut la première à exposer et collectionner, et également le peintre Mark Rothko.

• • • Le retour en Europe et la consécration du rêve d’une vie 
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                                                                                Le Musée Peggy Guggenheim, à Venise en Italie, dans le palais Venier Dei Leoni.

Peggy décide de retourner en Europe en 1946 avec une collection d’œuvres d’art de plus en plus grande. Notons qu’elle possède notamment à ce moment-là plus belle collection de Pollock au monde.

Grâce à un visa d’étude en France et en Europe, elle multiplie les allers-retours entre Paris et Venise.

Deux ans plus tard, celle qui possède une collection extraordinaire qui représente l’ensemble des courants avant-gardes du XXème siècle, se voit proposer un Pavillon entier pour exposer à la Biennale de Venise.

En 1949, alors que Peggy a toujours voulu construire son musée pour accueillir sa superbe collection, elle acquiert le palais Venier Dei Leoni, construit au bord du Canal et à l’apparence presque inachevée.

Elle s’y installa et il devint rapidement le théâtre d’expositions des plus grands noms de l’art moderne du XXème siècle.

Peggy continue ses voyages et ne rentrera plus qu’une dernière fois à New York à l’occasion de l’inauguration du Musée Solomon R. Guggenheim, fondé par son oncle. Sur place, elle est déçue de voir la tournure qu’a pris le monde de l’art new-yorkais. Elle déclarait que « seuls subsistaient quelques rares amateurs. Le reste achetait par snobisme, ou bien, pour éviter des impôts (…) »

C’est finalement dans son palais vénitien et avec ses œuvres, rêve de sa vie, qu’elle s’installera définitivement jusqu’à sa mort le 23 Décembre1979.

• • • Le mot de la fin ...

Peggy Guggenheim, loin de la bourgeoisie new-yorkaise bien rangée était une femme à la personnalité flamboyante et rebelle. Elle aura fait de l’art et des artistes sa vie.

Indépendante, libre et passionnée, elle aura joué un rôle primordial pour l’art moderne du XXème siècle, ses artistes européens et américains.

À elle seule, sa collection représente l’ensemble des courants avant-gardistes du XXè : le cubisme, futurisme, constructivisme, dada, surréalisme, expressionisme.


« J’ai toujours fait ce que je voulais et je ne me suis jamais préoccupée de ce que les gens pensaient. La libération des femmes ? J’étais une femme libérée bien avant qu’il y ait un nom pour cela. »  

Peggy Guggenheim.  


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