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Raphaël Laruga & sa photo engagée

A la rencontre de...

Anna Rivier - 06 octobre 2022

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Il y a quelques jours, The Art Cycle est parti à la rencontre du photographe corse Raphael Laruga. C’est dans l’intimité de son appartement parisien que l’artiste nous a reçus, entouré de ses chats, pour nous livrer ses inspirations et son attrait pour la photo militante.
• • • Le photographe à l’honnêteté brutale

Né à Bastia en 1998, Raphael est un artiste à la double casquette depuis maintenant 4 ans : photographe d’un côté et étudiant en sociologie de la photographie et sexologie de l’autre.

Son parcours artistique débute, il y a quelques années, par une Mise À Niveau en Arts Appliqués (MANAA) où il a acquis des connaissances dans beaucoup de domaines tels que l’animation, la peinture, du dessin, la mode ou encore le graphisme. A l’issue de cette année d’Art Appliqué, il se lance dans des études de photographie. Pour ne pas se contenter de la fenêtre d'une photographie pour considérer l'ensemble du sujet étudié il va faire de la sociologie spécifiquement sur le sujet de la photographie. 


De l’argentique, qu’il qualifie comme « l’outil de nos grands-parents », au smartphone en passant par les appareils numériques, Raphaël prend en photo tout ce qu’il trouve brut.  

« Je dirais que je cherche à avoir un style très honnête, un peu brut à l’occasion, mais quelque chose où je ne vais pas partir dans des retouches pendant des heures etc. Mais où je montre la brutalité de la vie.» 

Il cherche à montrer le monde tel qu’il est, tout en illustrant la brutalité de la vie, à travers ses différentes séries notamment « L’appel Rouge » et « Jeux de Prison » .

« L’appel rouge N°1 » de Raphael Laruga, 2020

Photo série « Jeux de prison » de Raphael Laruga

La brutalité, en opposition à la façon dont il se décrit « très calme et très doux », qui ressort de son travail vient de son histoire et de ses origines qui l’ont indirectement influencé. Il nous confie avoir grandi dans une forme de normalisation de la violence.

« Je pense qu’en Corse on a un rapport à la violence qui est très différent de celui que l’on a ici. Toute la violence que j’ai dans mon travail photographique et que je revendique un peu, c’est toute l’expression de cette violence avec laquelle j’ai pu grandir. […] La Corse est instable depuis très longtemps, par exemple il y a eu des assassinats dans mon entourage. Il y a une violence que l’on normalise plus ou moins et c’est comme ça que j’extériorise à mon tour toute la violence que j’ai vécu. »

• • • L’apprentissage avec Françoise Huguier

Françoise Huguier est une photographe de mode, photographe documentaire et réalisatrice qui est particulièrement connu pour son travail en Afrique et pour avoir découvert Malik Sidibé.

Lorsque Raphael était son assistant, elle lui a tout appris sur la photographie : de la compréhension de la lumière à la composition. Elle lui a également permis de partir en reportage avec elle. Il nous explique alors, qu’il n’avait pas conscience du rôle du photographe documentaire qui développe à la fois son style et sa singularité dans le traitement des sujets. 

« Ce n’est pas juste un témoignage anonyme où l’on prend des photos et où l’on essaye de ne pas se faire voir, mais plutôt où l’on fait partie de la photographie et où l’on compose les images. »


Dans le travail du photographe aujourd’hui, on retrouve la passion du voyage de Françoise Huguier qui s’illustre notamment avec la série « Palais lointain ».
Ce travail illustre les chantiers interminables des familles maliennes qui viennent en France gagner leur argent pour ensuite l’envoyer au pays et financer les travaux de leurs maisons.

                     @ Photo de la série « Palais lointain » de Raphael Laruga

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• • • Raconter des histoires…

Diagnostiqué dyspraxique, trouble se caractérisant par une grande difficulté à la calligraphie et à l’orthographe, l’artiste a été freiné dans l’expression de ce qu’il voulait raconter au monde. Avec la photographie il a trouvé son moyen d’expression qui lui permet de raconter des histoires comme celle précédemment évoquée sur les familles maliennes.

Lors de notre échange, il nous raconte aussi l’histoire de la photo « Drapeau rouge » de Khaldeï, prise sur le toit du palais du Reichstag à Berlin, qu’il décrit être une des photographies l’ayant le plus touché. Ici se trouve le parfait équilibre pour l’artiste entre le témoignage brut de l’histoire, ici celle de la conquête soviétique sur Berlin et le côté parfaitement millimétré de l’œuvre, car c’est ainsi que fonctionnait Khaldeï. 


« Quand Khaldeï est arrivé à Berlin il savait déjà précisément qui allait être sur sa photo, comment et où allait être cette photo. Tout ce que raconte la photographie est passionnant et tout à fait intéressant. »

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« Le Drapeau rouge » de Khaldeï – Berlin, 1945

• • • Un art profondément engagé

Son travail photographique notamment guidé par le réalisme socialiste et l’importance du graphisme s’inspire de Françoise Huguier, qu’il a assisté pendant près de 2 ans, et de Tina Modotti, une socialiste et activiste italienne.

Raphaël nous explique que ce n’est pas dans l’ambiance aseptisée d’un studio ou d’un bureau blanc où « tout est propre » qu’il s’épanouit, mais sur les lieux de travail ou des usines. Raison pour laquelle il a réalisé de nombreuses séries autour de lieux et d’environnement très différents. 

Le but avec ses différentes séries est de mettre en lumière ceux qui restent dans l’ombre de la société et de transmettre un message. 

« Je pense que quoi qu’il en soit toutes les œuvres d’art ont quelque chose à dire, sont engagés et ont un propos politique. Même les personnes revendiquent un apolitisme, je pense que c’est un engagement qui est différent, qui est quand même politique. […] une œuvre engagée c’est une œuvre qui assume le propos politique transmis et c’est aussi un artiste qui maîtrise ce qu’il dit. »

• • • Un chemin vers la photo rempli d’apprentissage

N’étant pas entré dans l’univers de la photo par passion, Raphael Laruga s’est servi de cet outil pour communiquer autrement que par l’écrit.

« J’ai toujours voulu raconter des histoires. La dyspraxie m’en a pas mal empêchée pendant longtemps […] C’est pour cela que j’en suis arrivé à la photographie. Je suis passé par beaucoup de choses, la peinture par exemple et encore aujourd’hui je cous, je peins et je photographie. Ce sont des recherches alternatives à la dyspraxie qui m’ont amené à faire ça. »

Cependant, les débuts d’un artiste dans le vaste monde qu’est celui de l’art n’est pas chose facile. Comme le dit Raphael, malheureusement, la photo n’est pas accessible à tous et il faut avoir les moyens et prendre le temps d’apprendre et de gagner sans cesse en compétences dans ce travail. Il faut aussi avoir la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment de son apprentissage, pour donner encore plus de sens à son travail.

Avant tout curieux, Raphael Laruga est depuis toujours dans une démarche d’apprentissage de tout ce qui passe sous ses yeux. C’est ainsi qu’il nous livre que certes, la photographie est devenue sa passion par le travail, mais qu’aujourd’hui il ne craint pas de se lancer dans d’autres projets. « Il y a vraiment énormément de choses qui me plaisent dans la vie et je pense que je la passerais à faire plein de métiers ! ».

• • • La ligne directrice de ses séries si diversifiées

Que ce soit dans sa série « L’appel rouge » représentant la lutte communiste, « Les extravagantes » où il illustre la communauté queer ou encore « Minuscules » sur nos amis les insectes, Raphael Laruga cherche la ligne de l’histoire.

« En fait il y a une diversité visuelle mais que déjà c’est parce que je suis curieux, j’adore essayer des nouvelles techniques, tout expérimenter. Mais au fond derrière tous les styles un peu graphiques que j’utilise, c’est toujours un propos qui est assez similaire. C’est toujours une ligne d’histoire qui continue et qui a une cohérence. »

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Vue de la collection de photos imprimées de Raphael Laruga                           

À travers tous les univers photographiques que l’artiste a expérimenté, un travail se démarque pour lui des autres quand on lui pose la question de quelle série est-il le plus fier.

C’est sa sérié « L’appel rouge » qui pour lui transpire le plus sa personnalité.

« Ce sont les photos sur lesquelles j’ai passé le plus de temps puisque j’y est passé tout mon 1er confinement ! Et ce sont des photos que j’ai vraiment travaillées et que j’apprécie énormément. J’ai beaucoup évolué depuis, et si je devais refaire des photos comme ça, je les referais très différemment, et probablement beaucoup mieux. C’était le moment où j’ai découvert ce que je voulais faire dans la photographie je pense. »

• • • La dernière photo de Raphaël

Photo d’orages sur Paris de Raphael Laruga, 2022

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« Je pense que c’était ici à la fenêtre (chez moi), c’était pendant les orages qu’il y a eu il y a quelques semaines. Il y avait des éclairs qui frappaient dans le champ de vision de ma fenêtre et du coup en pleine nuit j’ai fait des photos de l’orage au-dessus de Paris. De mon point de vue, qui n’est pas exceptionnel, c’est une photo que j’aime parce que dans les orages, les éclairs, je trouve une force brute magnifique. »

• • • La collaboration The Art Cycle 

Le concept de la galerie The Art Cycle étant de proposer une sélection d’œuvres éclectiques, il est important pour nous de nous diversifier dans les propositions artistiques de notre site internet. C’est ainsi que nous ouvrons le champ des possibles avec peintres, plasticiens, dessinateurs et aussi photographes comme Raphael Laruga.

Aujourd’hui, nous sommes ravis de compter Raphael parmi nos artistes depuis maintenant plus d’un an ! Et le photographe lui-même nous a confié : « J’étais content quand j’ai trouvé la galerie et quand ma candidature a été acceptée, je l’avais raconté à tous mes amis ! »

• • • Le mot de la fin


Par son engagement militant dans son travail l’artiste Raphael Laruga se distingue de la simple photo décorative.
Son art doit d’être engagé, une nécessité pour l’artiste qui veut exprimer une pensée politique.

Merci Raphael pour ce bel échange.  

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