web design templates

Malick Sidibé, 
l'oeil de Bamako

À LA RENCONTRE DE ...

Fanta Serena Condé - 12 août 2021

Mobirise

                                                        « Portrait de Malick Sidibé », par Olivier Sultan

La jeunesse, la gaieté, le renouveau, la liberté, tout cela était représenté grâce à un seul homme : Malick Sidibé, qui témoigne et incarne encore aujourd'hui la mémoire d'une époque formidable où il faisait bon vivre à Bamako.

• • • Malick Sidibé, « le griot de la photo malienne » 

Né à Soloba, au Mali en 1935, il est un photographe majeur du XXIème siècle. Connu pour ses photos en noir et blanc, et son studio situé dans son quartier à Bagadadji, Malick Sidibé a joué un rôle important en Afrique et partout dans le monde. 

Mobirise

                                                                    « Studio Malick Sidibé », 2015, Diane Audrey

À l’âge de 17 ans, il a l’opportunité de venir à Bamako, la capitale du Mali, pour suivre des études de dessin et de bijoutier à l’école des artisans soudanais de Bamako, un centre d'apprentissage culturel et artistique, appelé aujourd’hui l’Institut National des Arts de Bamako. Il en ressort diplômé de joaillerie en 1955.

À cette même date, il rencontre Gérard Guillat, un photographe français installé à Bamako appelé « Gégé la Pellicule ». Il propose à Malick Sidibé de venir travailler avec lui dans son studio « Photo Service » en tant qu’assistant et c’est à ce moment-là que Malick Sidibé découvre sa passion et commence à s’expérimenter. Il s’inspira de l’un de ses contemporains, Seydou Keita. 

• • • Seydou Keita, pionnier de la photographie malienne, admiré par Malick Sidibé

Seydou Keita commence la photographie après avoir reçu en cadeau un appareil photo et décide rapidement de créer un studio photo dans sa cour. Il créé un fond spécial qui va être sa signature et qui sera repris par Malick Sidibé dans son studio. Devant ce fond à motifs, Seydou Keita photographie pas moins de 40 portraits par jour.

Ses images, prises entre 1949 et 1962, offrent un aperçu de la haute société malienne de l’époque et ouvre la voie à une nouvelle photographie africaine. Il invente des codes de représentation différents et rompt ainsi avec les clichés colonialistes qui considèrent jusqu’alors l'homme africain comme un objet ou un sujet quelconque. 

« Le père de la photographie » était réputé pour photographier et immortaliser l’image de la bourgeoisie bamakoise, en sublimant la personne photographiée habillée à l’européenne et en magnifiant sa personnalité avec sa maîtrise professionnelle du cadrage et de la lumière. 

La population malienne traversait le pays pour venir à Bamako afin d’obtenir leur portrait, ou une photographie qui semblait capter, en un instant, leur histoire.   

Mobirise

                                                                         Seydou Keïta, « Sans titre », 1956 

En effet, dans l’une de ses photographies, on aperçoit deux femmes vêtues de la même manière, qui s’enlacent, représentant ainsi leur relation fusionnelle. On observe sur une autre photo un homme assis auprès de ses co-épouses. 

Mobirise

                                                                          Seydou Keïta, « Sans titre », 1952/1955

Une autre photo de Seydou Keita nous rappelle la peinture « La jeune fille à la Perle » du peintre néerlandais Johannes Vermeer : Seydou Keita utilise la même posture, le meme cadrage que cette œuvre pour réaliser sa photo.

Mobirise

   Seydou Keïta, « Sans titre », 1952

Contrairement au « Père de la photographie » connu pour ses photographies dotées d’un sens esthétique, « Le photographe de la gaieté », Malick Sidibé, fait ressortir de ses images une nouvelle jeunesse libre et joyeuse avec ses photographies plus modernes qui interviennent après l’Indépendance du Mali. Dans son studio, les modèles apportaient ce qu’ils voulaient en guide de décor : Moto, mouton, chiens, balafon, radio, etc... 

Mobirise

                                                       « Sur la moto dans mon studio », 1973, Malick Sidibé.      

• • • Indépendance malienne : Malick Sidibé, le témoin d’une jeunesse libérée 

Le Mali, ancienne colonie du Soudan français, devenu indépendant le 22 septembre 1960, revit et acquiert un tremplin de sentiments grâce à cette nouvelle vie qui commence pour cette jeunesse pleine d’espoir et d’enthousiasme.

Étant l’un des grands pionniers de la photographie contemporaines en Afrique, il est appelé le « reporter de la jeunesse » grâce à ses photos reportage, qui témoignent de cette nouvelle liberté. Il participe à toutes les soirées dansantes de la ville où les bamakois dansent au rythme des musiques twist, rock et rumba cubaine. Il photographie tout ce qu’il voit et le bonheur des jeunes se ressent sur ces photographies qu'il accroche, le lendemain des fêtes, à l’entrée de son studio installé à Bagadadji. 

Explorer les portraits de Malick Sidibé, c'est comme assister à un reportage télévisé d'une jeunesse africaine active, ouverte d’esprit, décomplexée et porteuse d'aspirations aussi excentriques que légitimes.

Les jeunes africains explorent de nouvelles manières de se vêtir, de se comporter ou encore de penser. En effet, après l’indépendance, un nouveau style vestimentaire et de musique apparaît dans les années 60. La mode occidentale bat son plein au Mali en se faisant une place auprès des jeunes bamakois aux looks atypiques rehaussés par leurs accessoires excentriques.

Le studio du photographe se transformait en véritable festival de couleurs, de textures et de matières : tous les accessoires étaient réunis pour faire ressortir de ses clichés, pourtant pour la plupart en noir et blanc, la joie et la liberté. 

Mobirise
« Danser le twist », 1965, tirage gélatino-argentique,  Collection Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris © Malick Sidibé

Malick Sidibé c’était « le photographe de la gaieté ». Si ce n’était pas dans son studio alors c’était dans les fêtes ou encore dans les « bals poussières » qu’il prenait ses clichés. Sa photographie reposait sur la spontanéité de ce qui surgit au bon moment, au hasard.

Ses clichés dévoilent une conscience aiguë de coïncidences heureuses. Malick possédait ce don de mettre à l’aise et de communiquer sa joie derrière l’objectif. Il aimait la jeunesse et la jeunesse l’aimait. 

Il a eu l’opportunité d’être placé parmi les 100 premiers clichés de la photographie par le magazine Time en 1963 grâce à son premier cliché « La nuit de Noël ».

Mobirise

 "Regardez-moi !", 1962, tirage gélatino-argentique, Collection Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris © Malick Sidibé

• • • André Magnin, un acteur considérable dans la vie de Malick Sidibé

L’arrivée de la photographie en couleur a eu un réel impact dans le travail de Malick Sidibé. Malgré le fait qu’il était très courtisé par les bamakois pour ses photos en noir et blanc, la photographie en couleur a quelque peu éclipsé son studio pendant un temps.

« Au début, je ne croyais pas tellement à mon talent. La photographie africaine était admirée en Europe, les vendeurs nous ont flattés, ils ont mis du sel, c’est devenu un marché. Au fur et à mesure, je me suis rendu compte que c’était sincère, que mes images intéressaient les autres» Malick Sidibé 

L’arrivée au Mali d’André Magnin, en 1992, marque un tournant dans la carrière de Malick Sidibé. Commissaire d'exposition et galeriste d'art contemporain français, il fit la rencontre de deux génies de la photographie africaine contemporaine à l’occasion d’un séjour à Bamako.  

Après avoir fait plusieurs expositions avec Seydou Keita partout dans le monde, il donne l’opportunité, à Malick Sidibé, d’exposer en 1995 à la Fondation Cartier.

La carrière du « photographe de la gaieté » re-décolle à ce moment-là et se voit récompensé par de nombreux prix et distinctions. 

Mobirise

                                                                     « André Magnin », Malick Sidibé

• • • « Mali Twist » l’exposition hommage à Malick Sidibé 

Après la mort de Malick Sidibé en 2016, la Fondation Cartier lui rend hommage, avec une grande exposition rétrospective « Mali Twist »  en 2017.

Cette exposition propose un ensemble de photographies vintage et de portraits inédits en noir et blanc où nous sommes plongés dans la vie de Bamoko. Ces photos montrent comment Malick Sidibé a su saisir, dès le début des années 1960, la vitalité de la jeunesse bamakoise. 

Mobirise

                        "Mademoiselle Kadiatou Touré avec mes verres fumés", 1969. Photo © Malick Sidibé.

• • • MALICK SIDIBÉ ET SEYDOU KEITA, DES ARTISTES D'INFLUENCE

Considérés comme les pionniers de la photographie africaines contemporains, Seydou Keita et Malick Sidibé en ont inspiré plus d’un grâce à leur originalité. Plusieurs jeunes artistes admirent le travail de Malick Sidibé et s’en inspirent encore aujourd’hui.

Mobirise





Omar Victor Diop, photographe portraitiste sénégalais s’identifie à la tradition du portrait de Malick Sidibé et prend dans son objectif le portrait de jeunes africains urbains, créatifs et dynamiques.

 Omar Victor Diop, Diaspora serie, 2014

JP Mika 

L’artiste peintre congolais JP Mika s’inspire également des photos de Seydou Keita et de Malick Sidibé pour ses peintures en mettant en avant des jeunes habillés comme à l’époque des années 60 ou encore un couple sur moto représentant la vie active de l’Afrique à cette époque.

Mobirise
• • • L'AFRIQUE, BERCEAU DE GRANDS PHOTOGRAPHES
Mobirise



On peut notamment citer Paul Kodjo, grand photographe ivoirien qui immortalisa, lui aussi, une jeunesse en plein essor et avide de liberté à la suite de l’indépendance proclamée du pays. Grâce à son regard cinématographique, il réalisa des clichés pour les romans-photos de l’hebdomadaire « Ivoire Dimanche ».  

« Soirée dansante à Abidjan », 1970, Paul Kodjo

Mame Casset 



Célébre photographe sénégalais était, lui aussi, très apprécié pour ses portraits en noir et blanc qui ont immortalisé la jeunesse sénégalaise

Mobirise

                                                    Photo Mama Casset, Portrait du Studio 'African Photo', Dakar 1950-1970

Mobirise




Photographe anglo-marocain majeur, est connu pour ses photos colorées, pop et kitsch. Élevé dans une famille où le recyclage est un mode de vie, il récupère, accumule et transforme des objets du quotidien en oeuvres d'art.
Il dit : "au lieu d'utiliser ce pays comme décor, je voulais, moi, en révéler toute la splendeur. Je voulais photographier les vêtements marocains et la population marocaine en les célébrant ».  

Hassan Hajjaj, "Mr K. Jones", 2011, Courtesy Galery Gusford, Los Angeles





Photographe congolais, il parcourait les nuits de Kinshasa pour photographier les jeunes lors des soirées dansantes qui animaient la ville. 

Mobirise

Jean Depara, "Deux hommes dansent un pas de deux", Léopoldville, 1955-1965

• • • Le mot de la fin

Le photographe le plus courtisé des années 60 a eu un réel impact sur l’histoire de la photographie africaine contemporaine. À travers ses photos spontanées révélant le bonheur, la joie et la liberté, il a réussi à influencer de nombreux artistes aujourd’hui et il restera pour toujours « le griot de la photo malienne ».

PARTAGEZ CET Article ! 

Vous aimerez aussi !